Re:Publica for « Next Level »

Les vendredi 14 et samedi 15 décembre 2018, s’est tenu à Accra les conférences Re:Publica. Representant ISOC Benin, Yazid AKANHO y était pour partager l’expérience du Benin sur les OTT.  Le concept est né en 2007 en Allemagne et a grandi depuis. Les principales thématiques au cœur de re:publica sont : la culture numérique, l’internet et son avenir, les droits numériques.

Vue globale agenda re:publica Accra’18

C’est pour la première fois que ce festival a lieu en Afrique. Le slogan retenu pour l’édition est : « NEXT LEVEL! », c’est-à-dire passer à l’étape supérieure, réfléchir à l’avenir, agir de façon proactive et être porteur de changement. Les thèmes abordés sont divers et variés: des innovations pour faciliter l’accès, aux idées et projets sur l’utilisation des technologies pour résoudre des problèmes, en passant par la gestion des déchets, les nouvelles stratégies commerciales, l’égalité homme-femme, etc. Au total, plus d’une centaine de sessions ont été tenues.

Vendredi 14 : mise à feu des réacteurs !

Le festival a eu quelques difficultés à démarrer: légers cafouillages relevés aux différents postes d’enregistrement, difficultés à identifier les ateliers sur le site étendu sur un rez-de-chaussée et deux étages. Toutefois, pour réunir deux jours durant 2,000 participants et 274 speakers venus d’une trentaine de pays pour animer près de 120 sessions, il faut une sacrée organisation, énormément de ressources humaines, matérielles, logistiques et organisationnelles. Les organisateurs en sont finalement venus à bout. Avec environ une heure de retard, la cérémonie officielle de lancement s’est déroulée dans une ambiance décontractée mais solennelle.

Vue globale agenda re:publica Accra’18

Keynote: Back to Basics for the Next Level.

Une quinzaine de minutes durant, Nanjira SAMBULI a exposé sa façon de voir l’Afrique évoluer au fil du temps, au fil de l’ère du numérique et a plaidé pour un « retour aux fondamentaux pour la prochaine étape ». Un constat qu’elle a effectué est que bien souvent, nous les Africains, adoptons toute nouvelle technologie sans prendre le temps de réfléchir et nous questionner sur son utilité dans notre contexte africain. Pour elle, nous n’avons pas encore éprouvé toutes les technologies et solutions que nous connaissons ou utilisons déjà pour résoudre les problèmes africains. Elle a donné l’exemple des smartphones derniers cris que nous utilisons et qui embarquent de nombreuses applications dont nous n’avons pas besoin ou qui ne sont parfois pas adaptées à notre contexte. Sans fustiger la technologie en elle-même (elle confirme n’avoir rien contre), Nanjira a cependant fustigé la vaste campagne sur les avantages de la Blockchain qui a souvent lieu dans divers fora africains qui font l’apologie de cette technologie, la présentant souvent comme la révolution permettant de régler plusieurs (sinon toutes !) difficultés dans nos pays. De la même manière, elle lança un vibrant appel à l’endroit des occidentaux présents en les invitant à écouter davantage l’Afrique et apprendre également des Africains. Elle invita l’ensemble des participants à plus de conscience et de clairvoyance  sur les choix que nous devons opérer pour passer à l’étape suivante, le next level!

Keynote de Nanjira SAMBULI

A la suite de cette vibrante keynote, les sessions du vendredi, une soixantaine en tout, se sont enchainées pour s’achever en début de soirée. J’ai pu en suivre quatre.

  • Freedom of panorama

Saviez-vous que dans certains pays, la loi interdit la prise de photo de lieux publics ? Saviez-vous qu’en Afrique du Sud, vous ne pouvez pas prendre en photo des statues de Mandela, le Gugulethu Seven Memorial et bien d’autres monuments ? Pourquoi ? Simplement parce que la loi dans ce pays, comme dans bien d’autres, impose des restrictions sur la prise de photos d’espaces publics, monuments, statues et autres.

La session animée par  Douglas Ian Scott de Wikimedia Afrique du Sud, sous la modération de Sandister TEI, était destinée à sensibiliser les participants sur la « liberté de panorama », présenter la situation globale dans le monde et les inviter à être porte-flambeau de cette liberté dans leurs pays respectifs. Ce fut surprenant pour Sandister de savoir que dans son propre pays le Ghana, la liberté de panorama n’est autorisée que pour le cinéma ou la télévision. Autrement dit, toute personne qui prend une photo contenant une sculpture, un monument ou une place qui sont situés dans le domaine public est en infraction. En Russie, il existe la liberté de panorama pour les bâtiments et immeubles, les jardins, mais pas pour les œuvres artistiques et les sculptures. La protection par Copyright s’applique également dans plusieurs pays tels que la Belgique, la France (dans certains cas), la Grèce : il faut attendre 70 ans après le décès de l’auteur de l’œuvre pour bénéficier de la liberté de panorama.

De retour à Cotonou, j’ai effectué quelques recherches sur le sujet et ai compris que le Bénin ne dispose pas encore de liberté de panorama bien qu’ayant ratifié l’accord de Bangui qui stipule en son article 16 que : « il est permis, sans l’autorisation de l’auteur, et sans paiement d’une rémunération, de reproduire, de radiodiffuser ou de communiquer par câble au public une image d’une œuvre d’architecture, d’une œuvre des beaux-arts, d’une œuvre photographique ou d’une œuvre des arts appliqués qui est situé en permanence dans un endroit ouvert au public, sauf si l’image de l’œuvre est le sujet principal d’une telle reproduction, radiodiffusion ou communication ou si elle est utilisée à des fins commerciales». Cet accord n’est pas encore en vigueur car d’autres Etats sont en attente de le ratifier.

État de la liberté de panorama dans le monde.
Source : https://fr.wikipedia.org

État de la liberté de panorama dans le monde.

Source : https://fr.wikipedia.org

Toujours dans l’après-midi de ce vendredi, j’ai participé à d’autres sessions à savoir :

  • Social activism in the digital era: la session a été animée par Farida NABUREMA, directrice exécutive de Togolese Civil League, ONG qui promeut l’engagement citoyen et la participation citoyenne active des Togolais à travers l’organisation des groupes et communautés, l’éducation et la formation pour la responsabilité citoyenne. Farida a expliqué de long en large comment l’activisme au Togo s’est organisé pour protester contre le régime en place en utilisant Internet et différentes solutions numériques telles que Whatsapp, Telegram et d’autres plateformes de partage sécurisé d’informations pour communiquer, s’organiser et mener leurs actions. Face aux diverses difficultés naturelles ou créées de toute pièce par le régime, elle et son équipe s’adaptent en permanence et font avec les moyens de bord. Le modèle décrit par Farida inspira plusieurs participants, notamment ceux venus de l’Ouganda et de la Tanzanie.
  • Trubudget: an open source platform to improve transparency of public funding: session animée par Piet KLEFFMANN qui a présenté le concept de cette application basée sur la technologie blockchain pour une gestion transparente et efficiente des dépenses publiques. Il s’agit d’une application open source utilisable dans plusieurs cas de figure. Une phase pilote de déploiement de cette application est actuellement en cours au Burkina Faso.
  • What technology can’t fix: l’écrivain chercheur kényane Nanjala Nyabola a exposé comment la technologie est devenue le remède magique à tous les problèmes de la société, y compris politiques. Pour elle, nous devons faire énormément attention au fait que la technologie ne peut en aucun cas systématiquement tout résoudre. Par exemple, si le numérique simplifie énormément notre quotidien grâce aux multiples solutions et applications qui nous facilitent la vie, la technologie ne peut par contre pas unifier un peuple qui est résolument déterminé à demeurer divisé, déterminé à ne pas dialoguer, tout comme elle ne pourrait guère à elle seule éliminer la corruption s’il l’homme ne prend conscience de son rôle dans ces processus de numérisation.

Samedi 15, l’apothéose !

La matinée du samedi démarra avec une visite de plusieurs stands installés au Round Pavilion, site abritant re:publica Accra’18. Deux initiatives m’ont particulièrement séduites, non pas parce qu’elles étaient nouvelles pour moi, mais parce que des idées de ce genre sont en projet ou déjà en cours d’expérimentation au Bénin. La première initiative est le projet e-waste initié par Caritas Ghana dont j’ai visité le stand car les explications fournies par Oliver Boachie par rapport à ce concept au cours de la session « Agbogbloshie: Discovering Value of E-Waste through Innovation » du vendredi après-midi m’avaient intéressées. La visite du stand m’a permis de comprendre la stratégie de récupération, traitement et transformation des déchets électroniques mise en place par les initiateurs du projet, et les résultats sont fabuleux !

Priscilla de Caritas Ghana donnant des explications à Adé BADA du FGI Bénin, visiteur du stand e-waste.

De gauche à droite: Yazid AKANHO – Isoc Bénin, Priscilla ZAN – Caritas Ghana, Adé BADA – FGI Bénin

De gauche à droite: Yazid AKANHO – Isoc Bénin, Priscilla ZAN – Caritas Ghana, Adé BADA – FGI Bénin

 

Salon issu de la transformation e-waste

La seconde initiative ayant captivé mon attention est baptisée HyracBox (https://www.hyracbox.com): une solution simple de serveur mobile fonctionnel hors-ligne capable de délivrer plusieurs services et contenus accessibles via le réseau wifi qu’il diffuse. Deux modèles sont disponibles, basés sur RaspberryPi combiné à plusieurs solutions logiciel. Ils peuvent être mis en poche très facilement et sont configurables en quelques instants seulement. Ces dispositifs sont très utiles dans les zones où l’accès à Internet fait défaut ou est totalement absent. Au Bénin, IGBANET travaille actuellement sur un projet similaire, les premiers tests seront effectués dans les prochaines semaines. A suivre de très près donc !

Séance d’explications avec l’équipe d’HyracBox. De gauche à droite: Hellen Kimaru, Yazid AKANHO et Joshua KANANI

Séance d’explications avec l’équipe d’HyracBox. De gauche à droite: Hellen Kimaru, Yazid AKANHO et Joshua KANANI

Le panel intitulé Impacts de la régulation du contenu en ligne sur les droits numériques en Afrique, s’est tenu le samedi 15 décembre 2018 de 12H 30 à 13H 40 et a réuni quatre panélistes (détails ici). Ce panel était principalement destiné à faire un état des lieux de la régulation des contenus en ligne en Afrique, notamment au Bénin, au Cameroun, en Zambie et au Zimbabwé.

J’y ai essentiellement partagé l’expérience du Bénin sur la taxation des OTT : les motifs du gouvernement et l’adoption du décret 2018-341, la mobilisation de la communauté autour de la campagne #TaxePasMesMo, l’annulation du décret et le processus de concertation multi-acteurs qui s’en est suivi. L’approche du Bénin a été très appréciée mais la situation en Tanzanie, au Cameroun et dans plusieurs autres pays d’Afrique reste préoccupante. Les panélistes et participants à la session ont à plusieurs reprises fustigé le fait que nos dirigeants africains éprouvent plus de faciliter à reproduire les mauvais exemples plutôt que les bons et s’inquiètent que des lois et décrets visant à réduire la publication de contenus en ligne se propagent à travers plusieurs autres pays. C’est pourquoi la mobilisation et la veilles citoyennes ne doivent guère être abandonnées dans nos différents pays.

Panélistes « Impact of Online Content Regulation on Digital Rights in Africa » réunis autour de la modératrice de la session

En définitive, ma mission à Accra fut riche et constructive. J’ai également pu avoir quelques mots avec la Présidente du Chapitre Sénégal et le Président du Chapitre Togo d’Internet Society qui étaient également sur place. Le modèle de re:publica m’a fortement inspiré et ensemble avec la communauté, nous travaillerons à produire une activité  partageant le même esprit.

Merci à ISOC Bénin pour cette opportunité,

Le combat continue !

Yazid AKANHO

 

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