LETTRE AUX FEMMES
L’histoire du Bénin nous renseigne à suffisance que ses femmes sont incapables de se soutenir. Il en découle aisément l’idée reçue selon laquelle aucune femme ne peut être présidente de la république sur la terre de Béhanzin. L’une des figures féminines les plus influentes du paysage politique, Marie-Elise GBEDO, aurait, selon des critiques politiques concordantes, toujours subi les revers de cette inimitié naturelle des femmes entre elles, comme en témoignent ses tristes scores aux présidentielles, malgré son engagement remarquable dans la lutte contre les violences faites aux femmes, et son plaidoyer audacieux pour leur épanouissement. Les nombreux procès qu’elle a remportés en se constituant parfois d’office et de façon désintéressée, ne lui ont jamais donné la cote auprès de la gente féminine.
Mais j’ai appris une chose au cours de cette rencontre femmes Isoc Bénin célébrant le 08 Mars.
Les Béninoises sont bel et bien capables de s’entendre, de s’écouter, de se soutenir, de s’entraider ; ceci sans l’aide ou l’intermédiation du mâle protecteur et paternaliste.
Comment ceci est-il possible ? Une seule arme : le dialogue.
Pour les porteurs de l’initiative, rassembler les femmes un jour aussi symbolique que le 8 mars devrait leur permettre de faire du réseautage, de se mettre ensemble sur d’éventuels projets suivant les domaines d’expertise et les centres d’intérêts de chacune.
Cinq clés pour une vie de femme complète et rationnelle.
Tania ADJAGAN, spécialiste informatique au Millénium Challenge Account (MCA-Bénin) s’est occupée de ce thème : conciliation vie professionnelle – vie associative – vie familiale. La problématique se décline comme suit : comment faire une part équilibrée entre le travail, la vie associative, l’éducation des enfants, la vie spirituelle et de la gestion du foyer.
La conférencière a tenu un discours franc et direct et j’en ai déduis les lignes suivantes :
Le Travail
Une femme qui ne travaille pas est une malédiction. Ce n’est pas possible, ce n’est pas envisageable. Autrement,
– l’argent du sel, c’est l’homme qui donne.
– L’argent des lingettes, c’est lui qui met la main à la poche !
– Bébé chauffe un peu et il faut de l’Aspégic à la pharmacie, c’est lui qu’elle appelle
– Pour activer le forfait connexion et lorgner ou toiser les statuts d’autres femmes de la même génération, c’est chéri qui donne !
Conclusion, absence de dignité et l’honneur de la famille est par terre.
La vie professionnelle
– Madame rentre très tard à la maison au moins trois jours sur cinq et elle prétend être mariée et femme au foyer
– Madame ne rate aucun afterwork entre potes de boulot pour se faire un bistrot même en pleine semaine et elle est toujours convaincue de l’amour et de la fidélité de son époux
– Madame a toujours la bouche ouverte si c’est pour relater la vie du couple aux collègues femmes et hommes, surtout les réussites et les moments ‘jambe en l’air’ (il n’y a pas meilleure sorcellerie)
– Madame raffole des compliments et des qualifications relatifs à sa physiologie et à ses tenues
Le Foyer s’il y en a.
– Madame à la maison, est toujours dans son téléphone ou sur son ordinateur et envoie la domestique servir les enfants et son mari (malheureusement, il n’a pas épousé la domestique)
– Madame est toujours mieux habillée, très chic et très expressive lorsque le couple est invité (on sait qui est le chef à la maison)
– Madame, ce n’est que rarement met la main à la pâte pour la propreté des chambres, même la principale.
– Madame a très souvent le ton élevé à la maison parce qu’elle gagne plus que son conjoint (tchip)

L’éducation des enfants
– Les Novelas ont pris le pas sur les moments de discussion
– Les téléphones portables et les tablettes ont pris la place des cahiers de leçons
– Le maquillage, les gardes robes exagérément pourvues ont remplacé l’éducation civile et morale
– Les dessins animés et les réseaux sociaux ont remplacé les sorties en famille le week-end

L’esprit ou la vie spirituelle
– La vie spirituelle n’existe pas ou est banalisée (Dieu n’est pas banal)
– On change de père spirituel et de lieu de culte selon son humeur
– Absence d’une conversation quotidienne et constante avec son créateur ou ce en quoi on a foi
– Devenir plus scientistes que les scientifiques en reniant une suprématie au-dessus de l’Humanité
– Balayer du revers de la main les jeûnes, les actes de don, la culture de certaines vertus.
Des comportements qui ne favorisent pas une vie de couple et une vie professionnelle épanouies et durables.
Engagement dans l’écosystème internet est le deuxième thème d’échanges au cours de cette soirée entre filles. Raïhanath GBADAMASSI, juriste de formation et chef d’une entreprise de monnaie électronique, a donné quelques astuces pour saisir les opportunités souvent fréquentes et disponibles lorsqu’on est membre Isoc-Bénin ou de toute autre association militant dans le domaine du numérique.
Etre membre ne devrait pas s’arrêter au remplissage d’un formulaire et à la réception d’emails plus tard ignorés, d’informations d’importance pour les membres de la communauté. Les opportunités de bourses, de formations, de conférences etc. y circulent souvent et être véritablement active est un bon point pour soi-même s’épanouir au sein de cette organisation.
A la réunion femmes Isoc-Bénin célébrant le 08 Mars, quelques trois ou quatre hommes de l’association étaient présents pour nous soutenir. A chaque fois, un ou deux parmi eux, ont souri en écoutant nos réflexions, nos interrogations et doutes de femmes hésitantes mais remplies de rêves.
Je suis rentrée chez moi, retrouver ma fille, avec sur les lèvres cette citation dont j’ai oublié l’auteur, mais Dieu sait que je m’en fichais. Mais je lui suis reconnaissante d’avoir dit un jour :
« Seul, on va plus vite mais ensemble, on va plus loin » Je pense que c’est ce que nous devons continuer à faire, nous femmes, pour aller plus loin et être plus fortes.

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